Coin méditation

 

 

 

Vivre le Carême avec Jésus, c’est entendre son appel à la conversion et vivre avec lui la montée vers la Pâque, dans une attitude de courage et de confiance. Le Carême, comme l’Évangile nous le rappelle, n’est pas un temps de tristesse mais de renaissance et d’accueil de la Parole renouvelante de Dieu. Une Parole constante de vie et de victoire sur la mort.

 

Prier avec confiance

Si la prière structure l’ensemble de la vie spirituelle, elle se fait insistante pendant le temps privilégié du Carême. Comme à tous les moments clés de la vie de Jésus, nous voyons l’importance de son lien personnel au Père (Marc 2,35; Jean 11,41; Luc 22,39-46), de même, à sa demande et sur sa Parole, nous ne devons cesser de  nous adresser au Père : « Tout ce que vous demanderez en priant, croyez que vous l’avez reçu et cela vous sera accordé. » (Marc 11,24). L’évangile de saint Matthieu, lu le mercredi des cendres, nous rappelle que l’aumône, la prière et le jeûne sont indissociables (Matthieu 6,1-8.16-17) et font du Carême un temps unifié d’imitation du Christ et de pratique des conseils évangéliques. Mais cela n’est possible que si le cœur est ouvert à la Parole créatrice de Dieu.

 

S’engager dans une véritable conversion

L’appel à la conversion est présent dès les premières exhortations de Jésus : « Convertissez-vous et croyez à l’Évangile » (Marc 1,15), mais il retentit plus fortement encore pendant le temps du Carême. La conversion ne peut se réduire à un simple ravalement de façade… Jésus connaît bien les façades, y compris celles des tombeaux , et n’hésite pas à dénoncer ceux qui disent mais ne font pas : « Malheureux êtes-vous, vous qui ressemblez à des sépulcres blanchis : au dehors, ils ont belle apparence, mais au-dedans ils sont pleins d’ossements de morts… » (Matthieu 23,27). Il n’y a pas de foi chrétienne sans volonté affirmée de conversion. Pas de crédibilité chrétienne sans volonté affirmée de conformer les actes aux paroles. L’imitation du Christ est, sur ce point, incontournable : « C’est un exemple que je vous ai donné. Ce que j’ai fait pour vous, faites-le vous aussi. » (Jean 13,15).

 

Prendre résolument la route

Ces mots font référence au passage de l’évangile de saint Luc où Jésus, sachant qu’il a délibérément choisi d’aller jusqu’au terme de sa mission, accepte avec courage et détermination l’épreuve qu’elle suppose. Il « prit résolument la route vers Jérusalem » (Luc 9,51). La traduction exacte serait : « Il durcit son visage »,  rappelant les paroles d’Isaïe, « J’ai rendu mon visage dur comme la pierre » (Isaïe 50,7). Aucune violence dans cette attitude mais le courage et le choix de faire, jusqu’au bout et par amour, la volonté du Père. Un courage et un choix qui culmineront à Gethsémani : « Que ce ne soit pas ma volonté mais la tienne qui se réalise. » (Luc 22,42). Mais la route vers Jérusalem, qui va conduire à la passion, est déjà  éclairée par la lumière de la résurrection  : « Il commença à leur enseigner qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit mis à mort et que, trois jours après, il ressuscite. » (Marc 8,31).

Prendre résolument la route du Carême avec Jésus, c’est envisager l’effort maintenu d’un changement intérieur, c’est ouvrir notre cœur, avec amour et confiance, à la volonté de Dieu sur nous. Une volonté qui n’aliène pas notre liberté et nous permet de vivre, jusque dans les nuits douloureuses de l’épreuve, une véritable renaissance, comme le laissait entendre Jésus à Nicodème : « Ne t’étonne pas si je t’ai dit « il vous faut naître d’en-haut »… « (Jean 3, 7)

 

Mgr André Dupleix, recteur honoraire de l’Institut catholique de Toulouse